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Episode 8 - Une précarité grandissante


© Pixabay

A l’aube d’un second confinement que tout le monde redoutait, la situation sanitaire de la France est à nouveau dans le rouge. Les contaminations à la Covid-19 sont tous les jours de plus en plus nombreuses, les tensions sur les lits en réanimation se font sentir dans de nombreuses régions. L’ensemble contribue à entretenir un climat anxiogène, alors que la situation économique du pays est également affectée. Fermeture d’entreprises, chômage partiel, licenciements, etc. ont un impact sur la société, notamment sa partie la plus fragile : les plus précaires ne cessent d’augmenter.

Des conséquences sur la société, l’économie et la précarité

A la crise sanitaire s’ajoute une crise économique sans précédent puisqu’environ un million de personnes ont basculé dans la pauvreté suite à la première vague de l’épidémie. La pauvreté peut se définir ici comme « l’état, la condition d’une personne qui manque de ressources, de moyens matériels pour mener une vie décente » (Trésor de la langue française). Beaucoup de professions sont aujourd’hui en état de grande précarité, notamment les petits commerçants, les entrepreneurs, les intérimaires ou l’ensemble des emplois précaires. Selon le Secours Populaire, « la France n’a pas connu pareille précarité depuis la Seconde guerre mondiale ». A titre d’exemple, le département du Loir-et-Cher a vu son nombre de bénéficiaires au RSA (revenu de solidarité active) bondir de 11 % en un an.

Les étudiants sont également un profil très touché. Une enquête Ipsos indique que 74 % des étudiants affirment avoir rencontré des difficultés économiques depuis mars 2020. Aujourd’hui, selon le Secours Populaire, 25 % des jeunes vivent sous le seuil de pauvreté (1 063 € par mois). Ces derniers ont bien souvent eu des difficultés à trouver un stage ou une alternance, ou même un job étudiant leur permettant de financer une partie de leurs dépenses mensuelles. En juillet, le nombre de jobs étudiant a diminué de 24 %, notamment dans les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration, habituellement pourvoyeurs de postes pour les jeunes. Entre avril et juin, Pôle Emploi a recensé une hausse de 612 000 inscrits supplémentaires chez les moins de 25 ans, soit une hausse de 34 % par rapport au premier trimestre. Ces jeunes sont souvent les plus touchés et les moins bien protégés. Ces derniers n’ont pas le droit au dispositif RSA. Florent Guéguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité pointe du doigt que « les moins de 25 ans se retrouvent dans une zone grise en dehors de la protection sociale ». Tom Chevalier, chercheur au CNRS et spécialiste des politiques à destination des jeunes évoque le fait que « les jeunes soient dans un angle mort de l’État-providence, faute d’être considérés comme des citoyens à part entière»

Une intervention de l’État et des collectivités locales

Dans ce contexte plus que difficile, l’État et les collectivités territoriales apportent des aides spécifiques à de nombreux secteurs et activités touchés par la crise. Ainsi, l’État a annoncé une multitude d’aides en fonction du profil concerné. Il y a d’abord le fond de solidarité créé par l’État et abondé par les collectivités locales pour soutenir les petites et moyennes entreprises (jusqu’à 1 500 € pour une perte de 50 % ou plus du chiffre d’affaires). Le chômage partiel permet également de prendre en charge une grande part de la rémunération de nombreux salariés et permettre aux entreprises de ne pas recourir aux licenciements. Tableau des aides ici

Du côté des entreprises, l’État prévoit une indemnisation jusqu’à 10 000 € par mois pour les commerces et entreprises fermés (jusqu’à 50 salariés, tous secteurs d’activités). Une indemnisation jusqu’à 10 000 € pour les secteurs impactés (culture, sport, tourisme, …) qui vont perdre jusqu’à 50 % de leur chiffre d’affaires. Au total, le budget débloqué par l’État pour les aides économiques s’élève à 15 milliards d’euros par mois de confinement.

L’État prévoit d’attribuer une aide exceptionnelle de 150 € aux bénéficiaires du RSA à laquelle s’ajoute une aide supplémentaire de 100 € par enfant. Les étudiants boursiers ou bénéficiant d’APL (aide personnalisé au logement) se verront attribuer eux-aussi une aide de 150 €. Le coup de ces aides est estimé à 1,1 milliard d’euros.

Les collectivités locales ne sont pas en reste sur le sujet. Les départements, collectivité des solidarités, prévoient de débloquer des crédits supplémentaires au vu de l’augmentation de nombre de bénéficiaires du RSA. A titre d’exemple, le département de l’Isère verse une aide exceptionnelle au paiement des loyers. Ainsi, un ménage qui enregistre une perte de salaires d’au moins 20 % peut prétendre obtenir une aide allant de 250 à 550 €. Le département versera une prime Covid pour les aides à domicile et débloque 27 millions pour aider financièrement 1 000 associations iséroises comme les banques alimentaires. En effet, ces dernières voient leurs revenus s’effondrer à cause de l’annulation de plusieurs soirées de financements conjuguée à une augmentation des bénéficiaires. De son côté, la Métropole de Lyon accompagnera les plus démunis en accompagnant les associations de l’aide alimentaire, du paiement des loyers ou encore de l’hébergement d’urgence.

Cette situation sanitaire conjuguée à une crise économique sans précédent est difficile à appréhender. Il faut parer à l’urgence en aidant les plus précaires et ceux dans le besoin tout en élaborant une stratégie et un plan d’actions sur le long terme pour relancer la société une fois la crise sanitaire terminée. Telle est l’exigence et la complexité de la tâche.