Vous êtes ici :

Episode5- Comment le confinement a fait croître les inégalités


Non seulement, la crise sanitaire a jeté une lumière crue sur les inégalités sociales dans l’ensemble des pays, mais elle les a également renforcé, de nombreuses façons.

Une inégalité d'expositions

Si le coronavirus peut infecter tout le monde, «tout le monde» n’y est pas exposé de la même manière. C’est ce qu’explique, dans cet article du Temps, Ola Söderström, professeur de géographie sociale et culturelle à l’Université de Neuchâtel : les plus touchés seront les plus vulnérables, soit les plus âgés et les plus pauvres. Qui plus est, l’exposition n’est pas la même en fonction du secteur d’activité. Les professions dites prudentielles (qui nécessitent une relation aux humains) sont beaucoup plus exposées. Parmi eux, les soignants, les ouvriers, les caissiers, les livreurs… Si les inégalités touchent tous les pays, même dits développés, les publics précaires sont les plus visés, et le département de Seine-Saint-Denis l'a tristement démontré. Plus loin de la France, aux Etats Unis, le constat est le même ; lire l'article du Nouvel Obs ici

L’anthropologue et sociologue Didier Fassi va plus loin : « toutes les vies n'auront pas eu la même valeur dans ce moment ». En effet, il évoque les sans-abris, les détenus enfermés dans des prisons surpeuplées ou encore les migrants confinés dans des camps dans des conditions désastreuses. Ces disparités sont encore plus fortes dans les pays où le système de protection sociale est inexistant. Par exemple, « Mais à Rio de Janeiro, au Brésil, le taux de létalité – rapport entre le nombre de cas confirmés et le nombre de décès – est bien plus important dans les quartiers pauvres : il s'élève à 30,8 % à Maré, ensemble de favelas du nord de la ville, contre 2,4 % à Leblon, le quartier le plus chic de la zone sud, en bord de mer, indique l'AFP. […] Dans l'État de Sao Paulo, le plus peuplé et le plus touché du pays, le risque de mourir du Covid-19 est ainsi 62 % plus élevé pour les personnes de couleur, rapporte encore l'AFP ».Lire son article sur RFI

Des inégalités sociales

Déserter les villes pour les champs en cas d’épidémie est un vieux réflexe de classe, ainsi que le montre cet article de Libération. 17 % de la population de la capitale, soit environ 1 million de personnes a quitté Paris durant le confinement. Ce fut également le cas dans l’ensemble des grandes agglomérations. Une majorité de ces populations se sont retirées dans les campagnes ou sur les littoraux (résidences secondaires, maisons de famille, locations…). Cet exode concerne principalement les populations de moins de 35 ans ainsi que des catégories socioprofessionnelles favorisées, mais aussi les étudiants  retournant au bercail.

De même, les conditions de confinement inégalitaires, mettent en lumière des disparités sociales sous-jacentes jusque-là ignorées. Pour beaucoup de personnes, le lieu de vie est adapté pour dormir le soir et non pas pour y rester toute la journée car mal équipé ou surpeuplé. Et que dire des 4 millions de personnes souffrant du mal-logement. Lire l'article complet

Une fracture numérique

Environ 13 millions des Français sont isolés du numérique. D'abord, par manque de savoir, l'illectronisme. Certains territoires ne sont pas couverts, et l’accès à Internet a un coût ! L’isolement physique imposé par le confinement s’est alors ajouté à cet isolement numérique. Internet a été vecteur d’exclusion pendant celui-ci. De plus, on constate qu’il y a souvent une corrélation entre précarité numérique et précarité sociale. Ainsi, le télétravail , ou l'école à distance deviennent de nouvelles sources d'inégalités.

Des inégalités de genres

Habituellement, les femmes réalisent 72 % des tâches ménagères et 65 % des tâches parentales, pour en moyenne une heure trente de travail quotidien supplémentaire par rapport aux hommes, selon une enquête de l’Insee de 2012. Avec le confinement, les inégalités dans le couple se creusent encore davantage. De plus, la charge émotionnelle des femmes est également beaucoup plus importante : « Alors que ma sœur se retrouvait avec sa petite sur les bras, seule à l’étranger, quand les crèches ont fermé, ce sont les femmes de ma famille qui se sont activées pour lui trouver une solution et la rapatrier. Dans tous les cercles que je regarde, ce sont des femmes qui assurent la continuité, le bien-être physique et moral des personnes. ». Les femmes chef d’entreprise sont davantage touchées par la crise. En effet, celles-ci s’occupent plus de leurs enfants ainsi que des tâches ménagères que les hommes, ce qui leur laisse que peu de temps pour travailler. De même, si l’on considère les infirmières, en premières lignes du combat contre la pandémie, qui sont majoritairement des femmes.

La crise a ainsi creusé toutes les inégalités et il sera crucial, après la crise, de faire face à celles-ci, sans quoi une explosion de colère et de nombreuses contestations pourraient survenir.