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Episodes 1 et 2 - Le jour où la terre s’arrêta !


© Pixabay

Lors des traditionnels voeux de début d'année, qui aurait pu prévoir l’arrêt du monde ? Qui aurait pu prévoir que le TGVMonde lancé à 5000km/h voir plus, subirait un "arrêt sur image" aussi soudain? Nous qui travaillons sur les politiques temporelles avons l'habitude d'aborder le thème de l'accélération, de l'hyper-mobilité, de tous les phénomènes multi-temporels et leurs conséquences, mais cet arrêt brutal nous percute de plein fouet, remet en cause certaines de nos certitudes, et requestionne nos modes de vies temporels.
Nous vous proposons de retrouver dans cette page quelques thématiques fortes glanées au fil de nos lectures d'actualité.

Après avoir traité lors de l'épisode1 du télétravail en temps de crise, l'épisode2 zoome sur le retour à la lenteur, à la slow life imposée.

 

 

épisode 2 " une slow life imposée"

Cette société continuellement soumise à l’urgence, l'accélération, la modernité, a valorisé la vitesse, face à une lenteur qui est devenue synonyme de paresse, d’indolence ou encore de passivité. De la même manière, le court, voir le très court terme, a prévalu sur le moyen et long terme. La crise sanitaire actuelle interroge donc en premier lieu notre rapport à la vitesse et invite à repenser nos modes de vie accélérés. Le confinement permet non seulement de redécouvrir, de façon forcée, les vertus du temps long et de la sédentarité, mais essentiellement de prendre conscience de la valeur du temps.
C’est aussi le propos tenu dans cet article de Libération par Edgar Morin, où le sociologue presque centenaire prône de revisiter notre rapport entre l’important et le frivole, et de s’interroger sur la notion d’humanisme. 

Cet article du Monde, compare nos activités quotidiennes à celles du film “un jour sans fin” et revient sur le délitement du temps. Le plus difficile en ce temps de confinement semble être de maîtriser son temps, et de mettre en place des routines, de prendre du temps pour soi et ne pas trop se mettre la pression. Ceux qui vivent, comme en Chine, le confinement depuis plusieurs semaines à cause du coronavirus en tirent des leçons. Pour une chercheuse, qui vit en Italie, ce qui est intéressant c’est ce nouveau rapport à l’espace et au temps. Les rapports familiaux s’en trouvent aussi compressés, pour le meilleur comme pour le pire. Il faut maintenir la paix sociale coute que coute, la promiscuité ayant tendance à faire sauter les barrières !

Cet article de La Presse, au Canada, donne la parole à la psychanalyste et psychologue Hélène L’Heuillet, auteure de l’Éloge du Retard qui met en avant une réflexion philosophique sur le temps qui passe, celui qu’on perd, celui qu’on s’acharne à vouloir contrôler mais surtout celui qu’on s'essouffle à vouloir rentabiliser. Elle définit la “famine temporelle” comme l’un des grands maux de notre époque. Nos vies étant soumises à des “impératifs permanents de rentabilisation du temps, le retard devenant alors la seule forme de résistance. Cet article du Huffingtonpost interroge aussi notre rapport au temps long, le confinement ayant altéré notre rapport au temps et à l’espace. Ce confinement doit nous permettre de repenser ce rapport au temps,  tel un intervalle vital , sorte de vraie respiration temporelle, et de potentielle source de créativité. 

Cet article des Échos « Le coronavirus ou l’éloge de la lenteur », pointe sur la crise sociale et économique majeure qui risque d’émerger. Et qui devrait nous interroger sur un tout nouveau mode de croissance prenant en compte la seule chose importante et rare ayant vraiment de la valeur, le temps, et le “bon” temps. Cela implique donc un ralentissement des rythmes et des mobilités, et un détournement de l’agitation et de la superficialité qui prédominaient avant la crise.  C'est aussi le sujet de cet article de Libération où l'historien Laurent Vidal revient sur cette lenteur, devenue synonyme de paresse et de non productivité face aux cadences infernales des temps modernes.

Enfin pour clore cet épisode sur le sujet de la lenteur, épisode tellement riche qu'on pourrait ne jamais le clore, deux articles France Culture à retrouver ; l'un sur nos rapport entre déplacements, vitesse et accélération, l'autre sur le pouvoir de la lenteur.

Si le sujet vous intéresse, retrouvez ici les actes du colloque Grand Lyon en 2012 sur l'accélération, et le dossier de la revue M3 sur le thème.

 

épisode 1 "le télétravail en temps de crise"

En ce moment, face à la crise sanitaire mondiale, et l'arrêt d'une partie majeure de l' activité économique, le recours au télétravail est devenu LA solution quasi systématique puisque en France ...70% des travailleurs y auraient recours aujourd'hui. Ce télétravail n’est certes pas nouveau, mais le confinement actuel nous mène à l’expérimenter, pour la première fois, à grande échelle et nous permet d’évaluer la robustesse de nos discours théoriques à son propos, à présent  confrontés à la réalité. L'actualité sur ce télétravail de crise est riche et met en avant plusieurs faits majeurs :

  • les limites de l’exercice : Le recours massif aux outils numériques pour faire face au confinement ne concerne qu’une partie de la population et ne compense qu’imparfaitement la présence physique sur le lieu de travail; ils peuvent aussi être le pire et le meilleur des choses, constate le chercheur Gilles Dowek dans une tribune au « Monde » (attention, article complet abonnés),
  • une autre limite évidente : le télétravail en “zone blanche évoqué dans cet article de FranceInfo 
  • le confinement risque de durer ; il va falloir tenir la distance nous dit Xavier de Mazenod, spécialiste de la question et fondateur du site Zevillage, dans un article ; Il constate que nous sommes dans les pires conditions pour télétravailler, "on dirait un condensé de toutes les choses à ne pas faire". On est en télétravail non volontaire, en télétravail permanent, cinq jours par semaine, et pour certains confinés avec des petits enfants. Malgré cela, les gens arrivent à télétravailler, peut-être moins productifs qu'avant, mais ils y arrivent. Si ça dure, les relations entre les équipes, les managers et les collaborateurs, ça va manquer. … la suite dans l’article
  • c’est aussi ce que souligne cet article de Libération qui met en avant que cette (re)découverte du télétravail a  révélé pour beaucoup un impensé, sur le plan technique, social et légal. Les salariés n’ayant  d’autre choix que de s’en remettre à leur employeur et à la compétence des services informatiques et juridiques de l’entreprise pour organiser le travail à distance.
  • des experts en profitent pour donner des astuces : s’avoir s’arrêter car le télétravail est vite chronophage, jouer avec la souplesse et notre humeur ,et pour les manageurs, manager non par le controle mais la confiance… plus sur cet article
© BIL
  • un article du Figaro : Le télétravail favorise le creusement des inégalités en ce temps de confinement. Cela implique la nécessité de penser le télétravail de demain et de le déployer plus massivement en France. “La France est l’un des pays européens où le télétravail n’occupe pas encore une grande place dans les moeurs”
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  • mais le déploiement de ce télétravail de crise pose aussi la question de gagner le pari du futur du travail. Les grèves de décembre avaient largement ouvert la porte vers ce mode de travail à distance puisque 38% des salariés, y ont eu recours pour la première fois et que la majorité d'entre eux ont perçu une nette amélioration de leur bien-être sans affecter pour autant leur performance au travail. Dès lors, dans un monde devenu de plus en plus complexe et face à des crises perpétuelles, on peut se demander si un changement structurel de notre mode de travail n’est pas en train de se faire. plus sur cet article de La Tribune.

De nombreux articles y font référence, en particulier cet article de Usbek et Rica, qui s'interroge sur le futur du travail après le confinement, mais aussi cet article de Usine Digitale sur les réticences sur le télétravail qui risquent de voler en éclat. Le thème du management est aussi souvent évoqué, comme dans ces articles de Forbes, dans lequel est évoqué la nécessité de nourrir le lien après " semaines de télétravail, ou celui ci , sur les changements profonds dans l'organisation du travail.

La Fonction Publique, qui a été longtemps à la traîne, sur la question du télétravail, est elle aussi requestionnée, dans la crise ainsi qu'en témoigne cet article du Figaro, puisque le nombre de télétravailleurs aurait été multiplié par 4